Publié le 18/02/2026 Dans Bandes Dessinées

L'album nous plonge dans les années 90. Florence est étudiante en art. Elle n'a pas d'argent, pas de plan B, et surtout, elle possède cette fierté un peu naïve qui l'empêche de demander de l'aide à ses parents. Le récit n'est pas une simple succession d'anecdotes de "vie de bohème". C'est une plongée brute dans le quotidien de ceux qui comptent chaque centime : les appartements insalubres, les repas sautés, la honte sociale et la débrouille permanente qui finit par devenir une seconde nature. Et cette vie précaire va durer de nombreuses années, avant que l'auteure ne connaisse le succès.
Après un triptyque consacré à l'enfance ("Cruelle", "Pucelle", "Jumelle"), Florence Dupré La Tour continue dans la veine autobiographique, en évoquant cette fois les difficultés, notamment financières, de son entrée dans la vie d'adulte. Comme pour les précédents livres, l'autrice cherche moins à raconter sa vie qu'à prendre du recul et à porter un propos plus large. Il est ici évidemment question d'argent et de déclassement, mais aussi et surtout de la valeur qu'on donne aux choses et aux personnes. Outre l'avarice financière, c'est surtout le côté avare de sentiments des parents de Florence qui frappe, et qui a des conséquences à long terme sur l'image qu'elle a d'elle-même. Le monde de la BD en prend aussi pour son grade, entre la toxicité du milieu et la précarité du métier, et à ce titre l'album est totalement en phase avec les revendications qui ont conduit au girlxcott du festival d'Angoulême. Un message de fond, présenté avec humour mais sans concessions, et complètement d'actualité : on est loin du cliché de l'autobio nombriliste. Si vous connaissez le travail de l'autrice, vous ne serez pas dépaysé Son dessin est nerveux, presque élastique. Elle n'hésite pas à déformer son propre visage pour exprimer l'angoisse ou la fureur. C’est une "ligne claire" qui a déraillé pour mieux servir l'émotion. Le ton est direct, sans fioritures. Elle pratique un humour d'autodestruction qui rend le sujet supportable sans jamais en atténuer la gravité.
VERDICT
"Jeune et fauchée" réussit le tour de force d'être un album profondément politique sans jamais être donneur de leçons. C'est le récit d'une survie banale, raconté avec une honnêteté qui force le respect.
Date de parution : 09 Janvier 2026
Editions : Dargaud
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